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La Grande Désillusion
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Caractéristiques
Quatrième de couverture
Préface
Sommaire
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Caractéristiques
Titre original : Globalization and its discontents
Auteur : Joseph E. Stiglitz
Traducteur : Paul Chemla
Edition : Le livre de poche N°15538 (Edition originale Norton, 2002)
ISBN : 2-253-15538-1
Nombre de pages : 408
Prix : 6,5 euros
4ème de couverture
"Aujourd'hui, la mondialisation, ça ne marche pas. Ca ne marche pas pour les pauvres du monde. Ca ne marche pas pour l'environnement.
Ca ne marche pas pour la stabilité de l'économie mondiale."
L'auteur de ces lignes ? Le professeur Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie, ancien conseiller de Bill Clinton, qui en novembre 1999
a démissionné de son poste d'économiste en chef et de vice-président de la Banque mondiale : "Plutôt que d'être muselé, j'ai préféré
partir", expliquera-t-il. Son livre est un constat qui vaut réquisitoire : preuves à l'appui, il démontre que les règles du jeu
économique mondial ne sont souvent fixées qu'en fonction des intérêts des pays industrialisés avancés - et de certains intérêts
privés en leur sein -, et non de ceux du monde en développement.
Politique d'austérité, libéralisation des marchés des capitaux et privatisations sont appliquées aveuglément, en dépit de leur échec
avéré, à tous les pays, en particulier aux pays en transition et du Sud.
A lire Joseph Stiglitz, on a le sentiment de comprendre les vrais enjeux du monde d'aujourd'hui, de saisir toute l'urgence d'une
réforme en profondeur du statut et des politiques préconisées par les institutions financières internationales.
Agé de 59 ans, Joseph Stiglitz a reçu le prix Nobel d'économie en octobre 2001. Reconnu comme l'un des plus grands économistes au
monde, sa notoriété lui vient de son parcours : professeur à Yale, Princeton, il a été conseiller économique auprès de Bill Clinton.
Il est aujourd'hui professeur au département d'économie de l'Université de Columbia.
Préface
En 1993, j'ai quitté l'université pour le Council of Economic Advisers (CEA) du président Bill Clinton -- il s'agit d'un comité de
trois experts nommés par le Président pour conseiller en matière économique les institutions du pouvoir exécutif américain. Après tant
d'années d'enseignement et de recherche, c'était la première fois que je m'aventurais vraiment dans le monde des décideurs -- pour être
précis : dans la politique. Puis, en 1997, je suis entré à la Banque mondiale, où j'ai occupé les fonctions de premier vice-président
et économiste en chef pendant environ trois ans, avant de la quitter en janvier 2000. Je n'aurais pu choisir époque plus fascinante.
Les sept années que j'ai passées à Washington m'ont mis en situation exceptionnellement favorable pour observer la transition en Russie
et la crise financière qui, partie d'Asie orientale en 1997, a fini par s'étendre au monde entier. Je me suis toujours intéressé au
développement économique, et ce que j'ai vu a changé radicalement mes idées sur le sujet, et sur la mondialisation. J'écris ce livre
parce que j'ai directement constaté, quand j'étais à la Banque mondiale, l'impact dévastateur que peut avoir la mondialisation sur
les pays en développement, et d'abord sur leurs populations pauvres. Je suis persuadé que la mondialisation -- la suppression des
entraves au libre-échange et l'intégration des économies nationales grâce à l'action d'une série d'institutions conçues pour amener
la croissance économique à tous — peut être une force bénéfique, qu'elle est potentiellement capable d'enrichir chaque habitant de la
planète, en particulier les pauvres. Mais je suis convaincu aussi que, pour qu'elle le fasse réellement, la façon dont on l'a gérée
doit être radicalement revue. Notamment les accords commerciaux internationaux qui ont tant fait pour supprimer les entraves, et les
politiques qu'on a imposées aux pays en développement dans le cadre de la mondialisation.
En tant que professeur, j'ai consacré beaucoup de temps à la recherche et à la réflexion rigoureuse sur les problèmes économiques
et sociaux dont je me suis occupé pendant ces sept ans à Washington. Il me paraît important de les aborder sans passion. En laissant
de côté l'idéologie, en examinant les faits pour déterminer le meilleur parti à prendre. Durant mon séjour à la Maison-Blanche en
qualité de membre, puis de président du Council of Economie Advisers, et à la Banque mondiale, j'ai malheureusement constaté — ce
n'était évidemment pas une surprise — que les décisions étaient souvent prises sur des bases idéologiques et politiques. D'où de
nombreuses initiatives malvenues, bien incapables de résoudre les problèmes mais conformes aux intérêts ou aux convictions des
dirigeants. L'intellectuel français Pierre Bourdieu a conseillé aux responsables politiques d'agir davantage en universitaires —
d'engager un débat scientifique fondé sur les faits et les chiffres. Hélas, on voit trop souvent le contraire : les universitaires
qui font des recommandations se politisent, ils déforment les réalités en fonction des idées chères aux dirigeants politiques.
Si ma carrière académique ne m'avait pas préparé à tout ce que j'ai rencontré à Washington, elle m'avait du moins formé
professionnellement. Avant d'entrer à la Maison-Blanche, j'avais réparti mon temps de recherche et d'écriture entre l'économie
mathématique abstraite (dont j'ai contribué à développer une branche, baptisée depuis « économie de l'information ») et certains
domaines de l'économie appliquée, en particulier le secteur public, le développement et la politique monétaire. J'ai passé plus de
vingt-cinq ans à écrire sur des sujets comme la faillite, la « gouvernance d'entreprise », l'ouverture et l'accès à l'information
(ce que les économistes appellent la « transparence »). Autant de problèmes cruciaux dans le déclenchement de la crise financière
mondiale en 1997.
Je participe aussi depuis près de vingt ans à des débats sur la transition des économies communistes vers l'économie de marché.
Mon expérience en la matière a débuté en 1980 : j'en ai discuté pour la première fois avec les dirigeants chinois quand la Chine a
commencé à s'orienter dans ce sens. J'ai fermement soutenu l'approche gradualiste qu'ils ont adoptée, et qui prouve ses mérites
depuis deux décennies. Et j'ai durement critiqué les stratégies de réforme extrémistes, comme la « thérapie de choc », qui ont si
misérablement échoué en Russie et dans d'autres pays nés de l'ex-Union soviétique.
Pour le développement, mon engagement remonte encore plus loin : aux années 1969-1971, quand je travaillais en tant qu'universitaire
au Kenya, indépendant depuis peu (1963). Certains de mes ouvrages théoriques les plus importants ont été inspirés par ce que j'y ai vu.
Je savais le Kenya confronté à de redoutables défis, mais j'espérais que l'on allait pouvoir faire quelque chose pour améliorer
le sort des milliards de personnes en ce monde qui, comme les Kenyans, vivaient dans l'extrême pauvreté. Si, en tant que discipline,
l'économie peut paraître sèche et ésotérique, le fait est que des politiques économiques judicieuses peuvent changer la vie des
pauvres. J'estime que les gouvernements doivent — et peuvent — adopter des orientations qui aident leurs pays à se développer, mais
qui assurent aussi un partage plus équitable des fruits de la croissance. Pour ne citer qu'un seul exemple, je crois à la
privatisation (la vente des monopoles d'État à des sociétés privées), mais seulement si elle aide ces entreprises à devenir plus
efficaces et à baisser les prix qu'elles demandent aux consommateurs. Il y a plus de chances de les voir évoluer dans ce sens si le
marché est concurrentiel, et c'est l'une des raisons pour lesquelles je suis favorable à des mesures fortes pour stimuler la
concurrence.
Tant à la Banque mondiale qu'à la Maison-Blanche, les politiques que j'ai préconisées étaient étroitement liées à mon travail
antérieur en économie, largement théorique, lequel porte en grande partie sur les « imperfections du marché » — les raisons pour
lesquelles les marchés ne fonctionnent pas aussi parfaitement que l'affirment les modèles simplistes fondés sur les postulats de
la concurrence et de l'information par-faites. Je me suis aussi inspiré de mes travaux sur l'économie de l'information, notamment
sur les asymétries de l'information, le différentiel d'information entre le salarié et l'employeur, l'emprunteur et le prêteur,
l'assuré et la compagnie d'assurances. Des asymétries de ce genre sont omniprésentes dans toutes les économies. Ces travaux ont
posé les bases de théories plus réalistes du marché du travail et des marchés financiers, en expliquant, par exemple, pourquoi il
y a du chômage, et pourquoi le crédit est souvent rare quand on en a le plus besoin — pourquoi il y a, dit le jargon, « rationnement
du crédit ». Les modèles standard que les économistes utilisaient depuis des générations soutenaient soit que les marchés fonctionnent
parfaitement — ils niaient alors jusqu'à l'existence du chômage —, soit que l'unique raison du chômage est le niveau trop élevé des
salaires, d'où l'évidence du remède : les réduire. L'économie de l'information, grâce à de meilleures analyses des marchés des biens,
des capitaux et du travail, a permis de construire des modèles macroéconomiques qui ont fondé une analyse bien plus approfondie du
chômage et ont expliqué les fluctuations — les récessions et dépressions — qu'a connues le capitalisme depuis ses débuts. Ces théories
ont des conséquences pratiques fortes, dont certaines sont évidentes pour la quasi-totalité de ceux qui sont en contact avec le monde
réel : chacun sait par exemple que, si l'on porte les taux d'intérêt à un niveau exorbitant, les entreprises très endettées risquent
de faire faillite et que ce sera mauvais pour l'économie. Je croyais que les prescriptions qui en découlaient étaient évidentes aussi.
Or elles se heurtaient à celles que préconisait si souvent, et avec tant d'insistance, le Fonds monétaire international.
Les prescriptions du FMI, en partie fondées sur l'hypothèse dépassée selon laquelle le marché aboutit spontanément aux résultats
les plus efficaces, n'autorisent pas les interventions souhaitables de l'État sur le marché : les mesures qui peuvent guider la
croissance économique et améliorer le sort de tous. Ce qui est en cause, donc, dans la plupart des affrontements que je vais
rapporter, ce sont des idées, et les conceptions du rôle de l'État qui en découlent.
Si certaines idées ont beaucoup contribué à orienter mes prescriptions pour le développement, la gestion des crises et la
transition, elles sont également au cœur de ma pensée sur la réforme des institutions internationales qui sont censées promouvoir
le développement, gérer les crises et faciliter la transition. Mes recherches m'ont rendu particulièrement attentif aux conséquences
du manque d'information. J'ai été heureux de voir combien on a souligné, pendant la crise financière de 1997-1998, l'importance de la
transparence, mais attristé par l'hypocrisie des institutions — le FMI et le département du Trésor des États-Unis — qui la réclamaient
en Asie : elles comptaient elles-mêmes parmi les moins transparentes que j'aie jamais connues dans la vie publique. C'est pourquoi
j'insiste tant sur la nécessité d'accroître la transparence de ces institutions, de mieux informer les citoyens sur ce qu'elles font
et de donner à ceux qui vont subir les effets de leurs décisions la possibilité d'intervenir davantage dans la conception de ces
mesures. Mon analyse du rôle de l'information dans les institutions politiques découle tout naturellement de mon travail antérieur
sur son rôle en économie.
L'un des côtés excitants de mon expérience à Washington, c'est qu'elle m'a donné l'occasion de mieux comprendre comment fonctionne
l'État, mais aussi de promouvoir certains points de vue auxquels avaient abouti mes recherches. En tant que président du Coun-cil of
Economie Advisers sous Clinton, je me suis efforcé, par exemple, d'élaborer une politique et une philosophie économiques qui
envisageaient l'État et les marchés dans un rapport de complémentarité, de partenariat, et qui admettaient que, si les marchés
sont au centre de l'économie, l'État aussi a un rôle à jouer, limité mais important. J'avais étudié les insuffisances des marchés
et celles de l'État, et je n'avais pas la naïveté de croire que l'État pouvait pallier toutes les lacunes des marchés. Je n'étais
pas non plus fou au point d'imaginer que les marchés allaient résoudre par eux-mêmes l'ensemble des problèmes sociaux. L'inégalité,
le chômage, la pollution : sur ces plans-là, l'État avait une place importante à tenir. J'avais travaillé à l'initiative « Réinventer
l'État » — le rendre plus efficace et plus ouvert au dialogue. J'avais vu les domaines où il n'était ni l'un ni l'autre, j'avais
compris combien il était difficile à réformer, mais j'avais compris aussi qu'il était possible de l'améliorer, si peu que ce fût.
Quand je suis passé à la Banque mondiale, j'espérais appliquer ce point de vue équilibré, et tout ce que j'avais appris, aux problèmes
infiniment plus redoutables qu'affrontait le monde en développement. Au sein de l'administration Clinton, j'avais adoré les débats
politiques, dans lesquels j'avais parfois gagné, parfois perdu. En ma qualité de membre du cabinet du président, j'étais bien placé
non seulement pour les observer et voir comment les problèmes étaient tranchés, mais aussi, notamment s'ils touchaient à l'économie,
pour y participer. Je savais bien que, si les idées sont importantes, la politique compte également, et ma tâche consistait en
partie à persuader les autres que mes propositions n'étaient pas seulement économiquement souhaitables mais encore de bonne
politique. Or, quand je suis passé à l'international, j'ai découvert que la prise de décision n'était régie par aucun de ces deux
facteurs, en particulier au Fonds monétaire international. Elle était fondée, semblait-il, sur un curieux mélange d'idéologie et
de mauvaise économie, un dogme qui parfois dissimulait à peine des intérêts privés. Quand les crises frappaient, le FMI prescrivait
des solutions certes « standard », mais archaïques et inadaptées, sans tenir compte des effets qu'elles auraient sur les habitants
des pays auxquels on disait de les appliquer. J'ai rarement vu réaliser des études prévisionnelles de leur impact sur la pauvreté.
J'ai rarement vu des débats et des analyses réfléchies sur les effets d'autres orientations possibles. Il y avait une ordonnance
et une seule. On ne cherchait pas d'avis différents. Le débat franc et ouvert était découragé — on ne lui faisait aucune place.
L'idéologie guidait la prèscription, et les pays étaient censés suivre sans discussion la ligne du FMI.
Ces façons d'agir m'atterraient. Pas seulement parce qu'elles donnaient souvent de mauvais résultats. Elles étaient antidémocratiques.
Dans notre vie privée, jamais nous n'appliquerions aveuglément une idée sans chercher à prendre d'autres avis. Or nous disions aux
pays du monde entier d'agir exactement ainsi. Les problèmes des pays en développement sont difficiles, et le FMI est souvent
sollicité dans les pires situations, quand il y a crise. Mais ses remèdes ont échoué aussi souvent — ou même plus souvent — qu'ils
n'ont réussi. Ses politiques d'ajustement structurel (les mesures censées aider un pays à s'ajuster face à des crises et à des
déséquilibres chroniques) ont provoqué dans de nombreux cas des famines et des émeutes ; et même quand leurs effets n'ont pas
été aussi terribles, même quand elles ont réussi à susciter une maigre croissance pour un temps, une part démesurée de ces bénéfices
est souvent allée aux milieux les plus riches de ces pays en développement, tandis qu'au bas de l'échelle la pauvreté s'était
parfois aggravée. Mais ce qui me paraissait stupéfiant, c'est que, chez beaucoup de hauts dirigeants du FMI et de la Banque
mondiale, ceux qui prenaient les décisions cruciales, il n'y avait pas le moindre doute sur le bien-fondé de ces politiques. Des
doutes, il y en avait, certes, chez les gouvernants des pays en développement. Cependant, beaucoup craignaient tant de risquer de
perdre les financements du FMI, et avec eux bien d'autres fonds, qu'ils les exprimaient avec la plus grande prudence — quand ils le
faisaient —, et seulement en privé. Mais, si personne ne se réjouissait des souffrances qui accompagnaient souvent les plans du Fonds
monétaire international, à l'intérieur de l'institution on postulait simplement que c'était l'une des expériences douloureuses par où
un pays doit nécessairement passer pour devenir une économie de marché prospère, et que les mesures du FMI allaient en fin de compte
alléger les épreuves que ce pays aurait à affronter à long terme. Il est hors de doute qu'une certaine souffrance était inévitable,
mais, à mon sens, celle qu'ont subie les pays en développement dans le processus de mondialisation tel qu'il a été dirigé par le FMI
et par les autres institutions économiques internationales a été de loin supérieure au nécessaire. Le choc en retour contre la
mondialisation doit sa force à la prise de conscience de deux phénomènes : les ravages qu'ont opérés dans ces pays des politiques
inspirées par l'idéologie, mais aussi les injustices du système commercial mondial. Peu de gens aujourd'hui — sauf ceux qui
bénéficient personnellement de l'exclusion des produits des pays pauvres — défendent cette grande hypocrisie : on prétend aider les
pays en développement alors qu'on les force à ouvrir leurs marchés aux produits des pays industriels avancés, qui eux-mêmes
continuent à protéger leurs propres marchés. Ces politiques sont de nature à rendre les riches encore plus riches, et les pauvres
encore plus pauvres — et plus furieux.
L'agression barbare du 11 septembre 2001 nous a rappelé avec force que nous partageons tous une même planète. Nous sommes une
communauté mondiale, et, comme toutes les communautés, il nous faut respecter des règles pour pouvoir vivre ensemble. Elles doivent
être équitables et justes, et cela doit se voir clairement. Elles doivent accorder toute l'attention nécessaire aux pauvres comme aux
puissants, et témoigner d'un sens profond de l'honnêteté et de la justice sociale. Dans le monde d'aujourd'hui, elles doivent être
fixées par des procédures démocratiques. Les règles qui régissent le fonctionnement des autorités et institutions de gouvernement
doivent garantir qu'elles prêtent l'oreille et qu'elles répondent aux désirs et aux besoins de tous ceux qu'affectent les mesures et
les décisions qu'elles prennent.
Ce livre est fondé sur mon expérience. Il est loin d'être aussi riche en notes et en citations que le serait un travail de
recherche universitaire. J'ai voulu décrire les événements dont j'ai été témoin et rapporter ce que j'ai entendu. Cet ouvrage ne
contient pas de révélations explosives, on n'y trouvera pas les preuves formelles d'une odieuse conspiration de Wall Street et du
FMI pour faire main basse sur la planète. Je ne crois pas à l'existence d'un tel complot. La vérité est plus subtile : souvent, dans
les débats auxquels j'ai participé, c'est le ton d'une intervention, une réunion à huis clos, un mémorandum qui ont décidé de
l'issue. Beaucoup de ceux que je critique vont dire que je me suis trompé. Peut-être produiront-ils même des preuves pour contredire
ma version des faits. Mais toute histoire a de multiples faces, et je ne peux offrir ici que l'interprétation que je fais de ce que
j'ai vu.
Quand je suis entré à la Banque mondiale, j'avais l'intention de consacrer l'essentiel de mon temps aux questions du développement
et aux problèmes des pays qui s'efforcent de réussir leur transition vers l'économie de marché. Mais la crise financière mondiale et
les débats sur la réforme de l'architecture économique internationale — le « système directeur » de la vie économique et financière
internationale —, pour rendre la mondialisation plus humaine, efficace et équitable, en ont occupé une large part. J'ai visité des
dizaines de pays dans le monde entier et discuté avec des milliers de personnes — hauts responsables, ministres des Finances,
gouverneurs de banque centrale, universitaires, praticiens du développement, membres d'organisations non gouvernementales, banquiers,
entrepreneurs, étudiants, militants politiques, agriculteurs. J'ai rendu visite à des guérilleros islamistes à Mindanao
(île des Philippines depuis longtemps en état de rébellion), cheminé dans l'Himalaya pour aller voir de lointaines écoles du Bhoutan
ou un projet d'irrigation dans un village népalais, constaté le succès des programmes de crédit rural pour mobiliser les femmes au
Bangladesh, et celui des plans de réduction de la pauvreté dans les villages de certaines des régions montagneuses les plus
déshéritées de Chine. J'ai vu l'histoire en train de se faire, et j'ai beaucoup appris. Je vais m'efforcer de distiller dans cet
ouvrage l'essentiel de ce que j'ai vu et compris.
J'espère que mon livre ouvrira un débat. Et pas seulement à huis clos, au sein des gouvernements et des institutions
internationales, ni même dans le cadre plus ouvert des universités. Tous ceux qui vont ressentir dans leur vie les effets des
décisions à venir sur la mondialisation ont le droit d'y participer. Et ils ont le droit de savoir comment ces décisions ont été
prises jusqu'à présent. Cet ouvrage apportera, à tout le moins, davantage d'informations sur les événements de la décennie écoulée.
Une information plus riche devrait conduire à de meilleures politiques, et celles-ci à de meilleurs résultats. S'il en va bien ainsi,
j'aurai le sentiment d'avoir fait oeuvre utile.
Sommaire
| Remerciements | 9 |
| Préface | 17 |
| |
| 1. La promesse des institutions internationales | 30 |
| 2. Promesses non tenues | 57 |
| 3. Liberté de choisir ? | 101 |
| 4. La crise asiatique | 154 |
| 5. Qui a perdu la Russie ? | 219 |
| 6. Les "injustes lois du juste commerce" et autres méfaits | 271 |
| 7. De meilleures voies vers le marché | 291 |
| 8. L'autre programme du FMI | 313 |
| 9. L'avenir | 341 |
| |
| Postface | 399 |
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