'Dégraissez-moi ça !' de Michael Moore

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Caractéristiques

Auteur : Michael Moore
Edition : 10/18, 2000 (1996 pour l'édition originale)
Titre original : Downsize This ! Random Threats from an Unarmed American
ISBN : 2-264-03712-1
Nombre de pages : 226
Prix : 6,56 euros


4ème de couverture

Voici, à travers les yeux d'un ancien ouvrier devenu agitateur professionnel, la face sombre et peu glorieuse des Etats-Unis, celle du chômage et de la pauvreté, du racisme... et des antidépresseurs. Avec un humour féroce, Michael Moore part en guerre contre les spécialistes du "dégraissage" intensif et leurs alliés, les politiciens qui leur donnent carte blanche (et des subventions). Lui-même licencié de General Motors, il râle, dénonce, accuse, rêve d'organiser le procès des liquidateurs du "rêve américain", demande à l'Arabie Saoudite une aide financière pour les pauvres d'Amérique et offre ses conseils à tous les laissés-pour-compte ! Drôle et excessif, il nous rappelle que le rire est aussi une arme de combat et de résistance.

"Une guignolade corrosive"
Le Monde

"Comme notre Coluche national, auquel il est souvent comparé, Michael Moore a le don de dénicher les déviances du comportement humain, en ethnologue iconoclaste de sa propre société."
Le Figaro

Traduit de l'américain
par Marc Saint-Upéry


Au lecteur

Quand j'ai appris vers la fin de l'année 1999 que Michelin avait décidé de licencier 7 500 salariés juste après avoir annoncé des profits records pour cette année, j'ai cru que c'était une blague. J'ai pensé : pas en France, et pas comme ça. Les Français ne laisseraient pas faire. Bien sûr, nous les Américains, cela fait deux décennies que nous subissons les effets de cette soif du gain, mais la France, quand même... la France, c'était autre chose. C'était un pays qui mettait le bien-être de ses citoyens avant l'obsession du profit. C'était un pays qui reconnaissait la valeur du travail et qui avait établi un contrat social implicite : si vous travaillez dur et que votre entreprise prospère, vous aussi vous pourrez prospérer. C'était un pays où les syndicats étaient puissants et où les entreprises n'osaient pas trop abuser des travailleurs.

Pour résumer, la France était le genre de pays où nous vivions jadis.

Mais tout ça, c'est fini, et cette France-là n'existe plus.

La décision de Michelin de punir ses salariés pour leur contribution à la prospérité de leur entreprise, une des plus riches du monde, peut être interprétée comme un tournant majeur : elle marque le jour où la France a décidé d'ignorer sa tradition d'équité et de décence et de déclarer la guerre à son propre peuple.

Vous ne pouvez pas savoir à quel point cette nouvelle m'a affecté. Quand je l'ai apprise, j'avais envie de monter en haut de la tour Eiffel et de pousser un grand cri d'alarme : « Françaises, Français, pour l'amour de Dieu, reprenez vos esprits ! Ne laissez pas la France devenir les États-Unis ! Sauvez votre âme ! Levez le nez de vos verres de bordeaux et de vos desserts scandaleusement riches que vous arrivez à dévorer sans devenir obèses (un véritable mystère pour nous, les Américains) et révoltez-vous contre cette folie ! C'est aujourd'hui qu'il faut agir, sinon vous allez rapidement vous retrouver scotchés devant la télé, hypnotisés par des rediffusions de shows débiles et complètement accros au base-bail ! »

Heureusement, je n'ai pas eu besoin de grimper en haut de la tour Eiffel. Un brillant producteur et distributeur de films français, Jean Labadie, m'a appelé un jour pour me dire qu'il avait acheté les droits de mon film The Big One et qu'il entendait le distribuer dans toute la France. The Big One est un documentaire sur ma tournée de promotion à travers les États-Unis du livre que vous avez sous les yeux. Il montrait que toute la propagande sur le boom économique américain était en grande partie bidon. De ville en ville, ce que je découvrais, c'est que les riches étaient devenus encore plus riches tandis que 90 % des Américains en bavaient un maximum. Et, en plus, mon film voulait être drôle.

J'ai demandé à Jean pourquoi il pensait que le public français pourrait avoir envie de se déplacer dans une salle de cinéma pour voir un film sur l'économie américaine.

« Ce n'est pas un film sur l'Amérique, m'a-t-il dit, c'est un film sur nous. » Et il m'a expliqué que ce n'était pas seulement Michelin, mais aussi d'autres entreprises françaises qui pressaient leurs salariés comme des citrons pour s'enrichir rapidement et s'en débarrassaient aussitôt qu'ils trouvaient le moyen de produire à moindre coût. D'après lui, les Français en avaient de plus en plus marre, et mon film serait très bien accueilli.

A l'invitation de Jean, je suis venu à Paris fin novembre avec ma femme pour le lancement du film. Après à peine une heure d'interviews, j'ai compris que mon documentaire n'avait guère besoin de mon aide. Tous les spectateurs de The Big One que j'ai rencontrés aimaient beaucoup son côté opération de guérilla contre le grand capital américain. Les discussions que j'ai eues avec les critiques et la presse française sont parmi les plus animées que j'aie jamais eues sur mon travail. Mon épouse Kathleen Glynn, productrice du film, n'en revenait pas. Bien sûr, aux États-Unis, le film n'avait pas mal marché (il avait gagné de nombreux prix et avait fait les meilleures recettes de l'année dans la catégorie documentaire), mais rien ne nous préparait à l'accueil qu'il allait recevoir en France.

La première semaine de sa diffusion, la queue à l'entrée du cinéma allait jusqu'au coin de la rue. Si vous vouliez acheter une entrée, il fallait vous y prendre une semaine à l'avance. Le public jubilait tout au long du film et, souvent, les gens applaudissaient debout à la fin de la projection. Les propriétaires des salles n'avaient jamais vu une chose pareille. Après tout, ce n'était jamais qu'un documentaire... et un documentaire américain, avec ça ! Pourquoi les gens étaient-ils prêts à consacrer une bonne partie de leur soirée à faire la queue et à se taper un film sur un livre tourné en vidéo et transformé en film ?

Et le public continuait à affluer. Pendant les vacances de Noël, les queues s'allongeaient et le film était projeté dans de nouvelles salles. En janvier, The Big One était diffusé dans vingt-deux villes de France. En mars, il avait dépassé les chiffres records atteints aux États-Unis, engrangeant plus de six millions de francs de recettes.

Comme je disais à ma femme : « Ça alors, il faut croire que les Français ont vraiment les boules ! »

Et tout ça a été suivi d'un déluge de messages enthousiastes sur mon mail. Des milliers de Français de tous les milieux sociaux m'écrivaient et me racontaient leurs démêlés avec leur patron, leur entreprise, ou des fonctionnaires insensibles. Et toutes ces lettres me demandaient :

« Votre livre existe-t-il en français ? »

Eh bien, voilà, grâce à cette excellente maison d'édition qu'est La Découverte, mon livre existe en français. Je suis fier et je me sens honoré qu'il soit publié en France. Mon père était un ouvrier de l'industrie automobile. Je n'ai pas de diplômes universitaires. Vous n'aurez pas souvent l'occasion d'entendre l'opinion d'un Américain dans mon genre. J'ai donc beaucoup de chance de pouvoir ainsi vous communiquer ce qui me tient à cœur.

La première fois que je suis venu en France, c'était pendant mon adolescence, en 1975, avec un sac à dos. Je me souviens à quel point je fus séduit par le niveau de conscience et la passion pour la politique des gens que je rencontrais. J'y suis retourné plusieurs fois, pour le lancement de mon documentaire Roger et Moi en 1990 et pour la présentation à Cannes de mon premier film de fiction, Canadian Bacon, en 1995. Je suis encore sous le choc de l'accueil qu'a reçu The Big One, et j'en suis profondément reconnaissant au public français.

Et je suis très heureux de vous présenter ce livre de réflexions politiques et d'humour, en espérant que vous allez bien vous marrer et que, après ça, vous allez mettre un beau bordel.

Ne laissez pas la France ressembler au pays injuste et perfide que sont devenus les États-Unis, où trente-cinq millions de citoyens vivent dans une pauvreté abjecte et quarante-cinq millions sont totalement dépourvus de couverture sociale. Les drapeaux de nos deux pays contiennent les mêmes couleurs. Faites tout ce qui est en votre pouvoir pour que la ressemblance s'arrête là.

Michael Moore
New York City,
avril 2000


Mode d'emploi et précautions à l'usage des parents

D'après le gouvernement américain, nous sommes en train de vivre la période de croissance la plus longue depuis une génération. Chaque semaine, Wall Street bat un nouveau record sur un marché qui est sans conteste le plus exubérant du siècle. Le taux de chômage est le plus bas depuis vingt-cinq ans. Les profits des entreprises atteignent des sommets jamais atteints. Aux Etats-Unis, tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Ce qui explique sans doute pourquoi un enfant américain sur quatre vit dans la pauvreté, pourquoi un nombre record d'Américains se sont déclarés en faillite en 1996, pourquoi le revenu réel stagne depuis près de vingt ans, et pourquoi le nombre de salariés qui ont peur d'être licenciés a doublé depuis 1991, d'après un sondage récent commandé par la Réserve fédérale.

Le fait est que 40 % de la richesse du pays appartiennent désormais à 1 % de la population. Cette minorité de superriches a su profiter de ses ressources pour subventionner les démocrates et les républicains, lesquels le leur ont bien rendu : abattements d'impôts, milliards de dollars d'aide aux entreprises et carte blanche pour licencier des millions d'Américains.

En attendant, la majorité d'entre vous vit sur trois MasterCards bloquées. Votre journée de travail est si longue que, avec de la chance, vous pouvez voir vos enfants une petite demi-heure avant qu'ils aillent se coucher. Votre couverture sociale se réduit à une assurance bidon auprès d'une HMO. L'école de vos enfants est un désastre, vu que les autorités locales se ruinent à vouloir convaincre les entreprises de rester sur place en leur faisant cadeau de leurs impôts (de toute façon, elles s'en iront un jour, mais seulement après avoir saigné la région à blanc).

J'ai écrit ce livre pour tous les citoyens américains que leur expérience quotidienne amène à soupçonner que tous ces beaux discours sur le « grand miracle économique » sont la plus formidable opération de propagande dont ils sont victimes depuis que Reagan a essayé de faire passer le ketchup pour un légume frais. Est-ce qu'ils nous prennent vraiment pour des crétins ? Apparemment, oui. Si j'ai écrit ce livre, c'est essentiellement pour démontrer que je ne suis pas tout à fait aussi crétin (si on veut bien fermer les yeux sur les petits problèmes de grammaire qui apparaissent ici et là dans mon texte).

À l'époque où j'écrivais ce livre, il ne se passait pas une semaine sans qu'une grande entreprise annonce des licenciements en masse. Et puis il y a eu un retour de manivelle, et une vague humeur anticapitaliste a commencé à se répandre dans tout le pays (souvenez-vous des photos patibulaires de P-DG publiées dans Newsweek avec la légende « Des patrons tueurs ? »). Les poids lourds du business se sont vite ressaisis. Ils ont laissé tomber les annonces officielles de dégraissages massifs et ont commencé à virer les gens en douce, à l'usure ou par petites doses, pour ne pas faire de vagues.

J'ai quand même compté les vaguelettes. Si vous voulez connaître quelques-unes des entreprises qui ont viré des salariés au cours de l'année 1996 qui a suivi la publication de mon livre aux États-Unis, voilà les noms : Monsanto, Texas Instruments, Télé-Communications International, Inc., NEC, AOL, Sunbeam, Westinghouse, OshKosh B'Gosh, Goodyear, Samso-nite, Polaroid, US Robotics, Teledyne Water Pik, Texaco, Best Products, Motorola, Office Depot, Union Pacific, Kiwi International Airlines, TRW, Turner Broadcasting, Bank of America, Georgia Pacific, First Boston, Frankenmuth Brewery, Digital Equipment, Honeywell, RJR Nabisco, Aetna, NationBank Corp., Chase Manhattan Bank, Hewlett Packard, Fruit of thé Loom, General Electric, Alcoa, Hasbro, US West, Raytheon, Prudential Insurance, Campbell Soup, Southern Pacific, Bradlees, Electric Boat, Whirlpool, NordicTrack, Kmart, Lockheed Martin, Apple Computer, Sizzler, Wells Fargo, McDonnell Douglas, Wm. Wrigley Jr. Co.

Vous n'avez sans doute pas entendu parler de ces licenciements. S'ils sont passés comme une lettre à la poste, c'est que la presse les a pratiquement ignorés. Les médias ont viré leur cuti, et on ne compte plus les articles et les reportages sur la « fin des licenciements », la « prospérité économique » et le bonheur dans lequel nous baignons tous. À part les millions de chômeurs qui ne sont même plus comptabilisés parce qu'ils ont épuisé leurs droits à l'aide sociale et les millions de salariés qui sont forcés de cumuler deux emplois pour pouvoir payer leurs factures. Et à part le fait que le nombre des licenciements a en fait augmenté de 8% en 1996.

Bien que son diagnostic s'appuie sur la situation du milieu des années quatre-vingt-dix, la morale de ce livre, je l'espère, n'est pas limitée par les variations des indicateurs économiques annuels. Ça bouge méchamment du côté du grand capital, et si ça bouge, ce n'est certainement pas pour vous rendre la vie plus facile ou plus heureuse. Il faut croire que vous êtes déjà des millions à vous en douter, vu le succès de l'édition cartonnée. Au moment où j'écris, elle en est à son huitième tirage. Le livre est resté un mois sur la liste des meilleures ventes du New York Times et cinq mois sur celle des meilleurs livres d'entreprise du Times. Il a été numéro un à San Francisco et à Détroit, numéro deux à Boston et numéro quatre à Washington. Il a même fait un tabac en Grande-Bretagne. A mon avis, l'opinion est beaucoup plus avancée que les médias et les politiciens sur toutes ces questions.

J'ai mis à jour un certain nombre de données pour l'édition de poche américaine, et ajouté quelques coups de gueule intempestifs supplémentaires, mais la plupart des faits correspondent au matériau utilisé en 1996. Les chefs d'entreprise passent, les chiffres varient avec les saisons, mais la substance de leur signification, ainsi que celle de mes commentaires, n'a pas changé.

Tant que nous vivrons en démocratie, mon espoir reposera sur une vérité fondamentale : le P-DG d'Exxon dispose du même nombre de voix que vous et moi, à savoir une seule. Mais nous sommes beaucoup plus nombreux que lui.

Michael Moore
Août 1997


Sommaire

Lecteur français, salut !11
Mode d'emploi et précautions à l'usage des parents15
1. Petit manuel du savoir-licencier19
2. Vive les déménagements !22
3. "Ne votez pas, ça les encourage à continuer"36
4. Questions pour un champion41
5. Vous étiez pas sur le Mayflower ? alors, dégagez !48
6. Le palmarès des assistés60
7. Californie : la ruée vers l'ordure65
8. Conseils pour le bon déroulement des émeutes commémoratives en l'honneur de Rodney King72
9. Sauvons les petits païens !78
10. Alors comme ça, vous voulez tuer le président ?87
11. Pourquoi j'aime les procès à grand spectacle97
12. Si Clinton en avait100
13. Steve Forbes est un extra-terrestre108
14. Luttons contre la délinquance !112
15. Comment j'ai syndiqué mes assistantes117
16. Leur budget et le nôtre122
17. Mike's Penal Systems, Inc.127
18. Mon amour impossible pour Hillary137
19. Les spermatozoïdes ont droit à la vie146
20. Choisissons un nouvel ennemi !152
21. Rebatisons les Etats-Unis159
22. Augmentez votre moyenne scolaire en chassant les homosexuels165
23. Libérez-nous, Nelson Mandela !169
24. Vive le libre-échange ! délocalisons Washington à Tijuana !176
25. Et si General Motors vendait du crack ?183
26. Je veux mon abattement fiscal ou je déménage189
27. Dix façons de dégraisser les patrons194
28. La milice de Mike199
Epilogue208
Glossaire213

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